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LES
COUTUMES
ET LES TRADITIONS POPULAIRES
EN NORMANDIE
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Variables
d'une région à l'autre, les traditions
et les coutumes ne sont pas identiques d'une ville
à une autre ni même d'une famille à
une autre.
Cependant,
il y a bien des traits communs aux usages ancestraux
qui régissent, encore aujourd'hui, nos comportements.
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LES
FIANCAILLES
Deux jeunes gens qui s'étaient rencontrés décidaient
un soir, dans la nuit lourde d'arômes des près
et des bois, de faire faire la demande selon
les rites
traditionnels.
Le négociateur ou la négociatrice était, généralement,
un vieux journalier et une vieille femme qu'on
surnommait
le badochet et la badochette ou le brouetteur
et la brouetteuse ou le hardouin et la hardouine.
Ils s'entremettaient
pour faire la demande en mariage et dire un
mot des conventions.
Si la demande était agréée, les parents de la jeune
fille offraient un plantureux repas d'où les invités
partaient souvent après avoir reçu un "bon coup de
branche du pommier" qui les incitait à hurler, en
rentrant péniblement chez eux.
A dater de ce jour et pendant de longs mois,
les promis se hantaient. Ils ébauchaient des projets d'avenir
; ils commandaient leur armoire et complétaient leurs
trousseaux. Puis arrivait le jour des accordailles
où l'on dressait le contrat et ou ils s'embureautaient
à la mairie.
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LE
MARIAGE
Le mariage civil est accompli sans bruit, comme une
formalité qui n'engage point, et les noces ne commencent
que la veille du mariage à l'église.
Le matin, les parents de la future montent dans une
charrette traînée par des chevaux ou bœufs et, accompagnés
d'un ménétrier qui sonne du violon, vont chercher
le trousseau chez la belle-mère pour le transférer
chez le bruman (fiancé ; de bru, et de man, homme).
Une énorme armoire sculptée est bientôt chargée sur
la voiture, au-devant de laquelle la sœur ou simplement
la couturière de la mariée s'assied sur des oreillers
destinés au lit nuptial, tenant sur ses genoux un
rouet et une quenouille, symboles des occupations
domestiques. Chemin faisant, la couturière distribue
des paquets d'épingles aux jeunes filles qu'elle rencontre.
Après la cérémonie religieuse le cortège, précédé
du ménétrier, se rendait à pied à la salle du repas
si elle était proche. Sinon, comme il n'y avait guère
de voiture à cette époque et que les chemins étaient
en trait mauvais état, on se rendait à cheval au lieu
du festin, chacun ayant sa chacune en croupe. Et c'était
de par les champs et les chemins, une pimpante cavalcade,
égayée des rires des paysannes casquées de belles
coiffes (les comètes) dont les grandes ailes blanches
et les rubans flottaient au vent.
Au festin, la bru (la mariée) se plaçait au centre.
Derrière elle, était tendu un drap blanc sur lequel
étaient attachés les bouquets de mariage enguirlandés
de feuillage, de fleurs champêtres et de roses, et
de flots de rubans blancs. Les invités se plaçaient
selon leur bon plaisir. Le repas était copieux. De
belles poulardes, rissolées à point, quittaient la
broche qui les faisaient tourner sans cesse devant
une belle flambée de genêt, pour être découpées et
passées parmi les invités, sur de grands plats de
compagnie ornés de dessins bleus. Le bon bère, de
pur jus, était versé à pleins cannots, dans de biaux
godias de cérémonie, par de nombreux valets et aussi…
par le bruman (le marié) qui, selon l'usage, revêtu
d'un tablier et les manches retroussées, servait les
gens de la noce ! Des chants, des divertissements
animaient la fin du repas. Lorsque ce dernier était
terminé, tout le monde allait faire un petit tour
en plein air, de par les près et les plants, puis
on revenait souper.
Enfin arrivait l'heure de la danse qui durait, généralement,
pendant presque toute la nuit. Au petit jour les invités
partaient ; il ne restait que les amis intimes ; ceux-ci
allaient porter aux mariés, qui s'étaient retirés
pendant la fête, des rôties contenues dans une écuelle
d'étain à oreilles qu'on avait maintenue au chaud,
devant l'âtre flamboyant, dans la corbeille d'un des
landiers. Ce rite était l'occasion de quelques plaisanteries.
Puis la chambre se vidait, et pendant que l'aurore
se levait, les jeunes mariés pouvaient, enfin, goûter,
loin du bruit, un sommeil réparateur.
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NOËL
Un peu avant la période de Noël les enfants pauvres
commençaient leur quête en chantant pour avoir une
aumône. A partir du XIXe siècle les enfants de chœur
et la jeunesse y participent.
A Noël on allumait des feux dans les campagnes et
on conservait la bûche de Noël (chuquet ou chouquet).
Dans le Vexin à la messe de minuit les bergers apportent
un agneau blanc pour appeler la protection divine
sur leur troupeau.
Dans le Pays de Caux les hommes apportent les couronnes
de pain bénit avec les roses de Noël, le houx et le
laurier. En tête du cortège on trouve le berger communal.
La manifestation sera reprise par les garçons du village
qui offraient le pain bénit. Trois d'entre eux se
déguisaient en rois mages. Dans les foyers brûle la
bûche de Noël, elle devait brûler au retour de la
messe. Les tisons sont récupérés pour protéger la
maison des accidents. Cette bûche de Noël est le vestige
d'une coutume antérieure, les feux de joie par exemple
pour célébrer la fête du solstice d'hiver ou encore
en l'honneur du soleil.
A Barfleur, on allumait un traditionnel feu sur la
plage. Cette pratique de feux se retrouve aussi dans
le Pays de Caux, le Pays d'Auge ou à Rouen à la veille
de Noël.
Au cours de la nuit de Noël, la maîtresse de maison
guettait le son des cloches. Au moment du Te Deum,
elle balayait le pavé du feu et déposait un à un douze
grains de blé sur la surface brûlante. Si le blé sautait
bien le mois cité en même temps, apportait du blé
cher, s'il brûlait sur place les prix seraient bas
et s'il sautait et éclatait en même temps le blé apporterait
richesse au mois qui lui avait été attribué. D'autre
part, au niveau climatique, les douze jours de Noël
indiquaient chacun la température des douze mois de
l'année. Dans la nuit de Noël les fidèles posaient
sur leurs fenêtres des coquilles ou des colimaçons
avec huile et mèche. Enfin cette nuit là le Petit
Jésus venait déposer dans les chabots (sabots) de
tous les jours, la chabotée de Noël c'est à dire,
pommes, oranges, coffins de doudous.
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USAGES
ET TRADITIONS
ont pris naissance il y a bien
longtemps!
L'EGLISE
L'église est l'autre pôle de la vie villageoise.
Le curé tenait les registres d'état civil,
assistait aux assemblées villageoises, faisait
connaître à ses ouailles les actes gouvernementaux,
liant ainsi le profane et le sacré. Le prône
n'est pas seulement une instruction religieuse
mais aussi une instruction administrative,
parfois judiciaire. Le dimanche, à la messe,
le plus humble des paysans entendait l'écho
des grands événements qui intéressaient le
royaume.
LA
REPARTITION DES TERRES
Mais à qui appartient la terre ?
Pour l'ensemble de la France, la moyenne,
qui ne tient pas compte des différences régionales
considérables, donne à la noblesse 20 à 25%
du terroir, 6 à 10% au clergé, 30% à la bourgeoisie,
40% à 45% aux paysans : ce dernier chiffre
peut paraître élevé, mais vu l'importance
numérique de la population paysanne, la part
qui revient à chacun est en réalité bien infime.
LA
SEIGNEURIE
Le paysan vit et travaille dans le cadre de
la seigneurie ; sa terre relève d'un fief.
La seigneurie, c'est une terre, mais aussi
un ensemble de droits.
Sur sa seigneurie, le seigneur jouissait d'un
certain nombre de droits. La justice en constituait
le plus important, même s'il ne s'agissait
le plus souvent que de "basse justice". Ceci
l'autorisait à contrôler la perception de
ses droits, à surveiller les gardes-chasse,
à faire respecter la taxation des grains,
les règlements des foires et marchés, etc.
En cas de non-observance des droits, le seigneur
disposait des contraintes telles la saisie
des meubles, des bestiaux, des récoltes ou
l'amende.
La seigneurie reste très vivace au XVIII ème
siècle. Même si elle présente des faiblesses
consécutives aux démembrements, au morcellement
entre co-seigneurs (ce qui entraîne d'interminables
procès (dont il y a trace dans les archives),
elle enveloppe encore toute l'existence villageoise
d'une manière de plus en plus pesante et exigeante
au fur et à mesure que se développe la réaction
seigneuriale : la noblesse provinciale végétant
sur ses terres va exiger avec d'autant plus
d'âpreté l'application de ses droits traditionnels
qu'elle est prés de la ruine.
LA
PAYSANNERIE
L'artisanat rural est très répandu en Normandie
en général et dans l'Eure en particulier.
Les petites fabrications sont impossibles
à énumérer tant elles sont nombreuses, difficiles
à cartographier même pour les plus caractéristiques
car aucune concentration ne s'impose.
Les activités les plus représentatives sont
celles liées au textile, et à la petite métallurgie.
La laine au début du XVIII ème siècle semble
un secteur particulièrement important et se
concentre dans la région de Rouen - Elbeuf
- Louviers et "à l'exception des draps fins
qui se font à la ville, tout le reste des
étoffes de laine se fabrique dans toutes les
campagnes". Il en est de même pour la fabrication
des toiles beaucoup plus dispersée encore.
Les campagnes filaient beaucoup plus qu'elles
ne tissaient et "c'était surtout dans le plat
pays que tournaient les rouets". Les maîtres
fileurs traitaient avec les manufacturiers,
rendaient l'ouvrage dans le temps imparti
et pour cela, recherchaient des ouvriers à
domicile jusque dans un rayon de 10 à 12 heures
(40 à 50 km), à un point tel que certains
grands propriétaires s'en plaignaient parce
que disaient-ils, "On abandonne la Culture...
On ne peut plus trouver de bûcherons". Il
y avait sans doute là exagération.
Toutefois l'industrie rurale se développa
surtout à partir du règne de Louis XV avec
le triomphe du coton L'engouement fut si grand
pour les "indiennes" et les "siamoises" qu'il
fallut, pour faire face à la demande, recourir
à la main d'œuvre campagnarde, d'autant mieux
qu'elle était moins chère et plus dociles
et que l'on pouvait aussi plus facilement
violer les règlements des corporations. Les
villes n'étaient plus que des centres directeurs.
A en croire certains auteurs dont A. Young,
cette industrie rurale expliquerait en partie
la persistance des jachères, et notamment
autour de Louviers, où l'on regrettait que
le journalier ait quitté le "fléau ou la charrue
pour le rouet ou la navette".
La petite métallurgie, elle, est Commandée
par la double condition du fer et du bois,
ce qui explique qu'elle se sera installée
dans le pays d'Ouche, prés des forêts. Cette
petite métallurgie existait depuis le Moyen
Âge, mais les progrès furent très sensibles
au XVIII ème siècle, en particulier pour les
épingles à Rugles.

L'EDUCATION
Au XVIII ème siècle, l'instruction se répand
dans les campagnes où le plus souvent, seuls
les garçons apprennent à lire, écrire et compter.
Les moyens d'enseignement restent très rudimentaires,
sans formation pédagogique. Quant au collège,
il ne peut accueillir que les fils de ceux
pouvant payer plusieurs centaines de livres
par an (prix de la pension au Collège d'Evreux
en 1778 : 500 livres, soit cinq fois le salaire
annuel d'un employé de ferme qualifié).
L'ALIMENTATION
Le pain, la soupe, la bouillie formaient la
base de l'alimentation quotidienne : mais
elle était complétée par le lard, les légumes
(fèves, pois, lentilles, poireaux, oignons,
choux), les volailles, les œufs, les fruits,
le lait pur ou caillé, le beurre, le fromage.
L'usage du poire, puis du cidre au XVIII ème
siècle est très commun ; on prise également
la bière, et bien entendu l'eau de vie de
cidre.
LES
DIVERTISSEMENTS
Les dimanches et les fêtes religieuses, nombreuses
et chômées, représentaient des jours de repos
obligatoires. Après les offices, les villageois
se réunissent en assemblées communales où
l'on discute des intérêts de la paroisse,
et auxquelles succèdent souvent colloques,
jeux et danse. On joue aux barres, à la balle,
à la boule et aux quilles… Le ménétrier du
village, le "violoneux" a toujours grands
succès. Le clergé et les autorités ont bien
du mal à empêcher que lors des "saints jours"
on danse après ou même pendant la messe, qu'on
boive et s'amuse avec excès. Ces ''divertissements
scandaleux contraires à l'esprit même du christianisme"
sont maintes fois dénoncés : le dimanche,
les cabarets sont pleins, les hommes se dispensant
facilement de l'office divin ou quittant l'église
avant la fin. Les ordonnances de police doivent
rappeler souvent aux cabaretiers qu'il ne
faut pas servir de viande en Carême, pendant
la grand-messe (de même qu'à boire pendant
la nuit). Des sentences les condamnent pour
tenue de jeux de hasard prohibés mais très
recherchés.

La
Normandie renferme encore aujourd'hui un peuple
à part, courageux et intelligent, dont l'ensemble
des qualités et des défauts constitue un génie
particulier qui a peu varié depuis Guillaume
le Conquérant.

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